Christianne Vielle : du 27/05 au 27/06/2026
Le Chant des Choses
Gravures et livres d’artiste
Héritière de l’abstraction lyrique et portée par une fascination toujours renouvelée pour l’art de l’Extrême-Orient dans sa conception de l’espace et du temps, Christiane Vielle dont une partie significative de l’œuvre s’applique au papier – de ceux du collage et du marouflage à ceux de l’estampe et du livre – illustre cette attitude originale à la fois abstraite dans son langage elliptique et paysagiste dans sa conception profonde de l’espace. Parmi les techniques de la gravure en taille douce, s’il n’y avait pas l’aquatinte*, je crois que je ne serais pas graveure. L’aquatinte qui seule peut créer une texture matérielle extraordinairement riche, allant de la transparence vaporeuse à une opacité de noir obscur. L’aquatinte et sa gamme infinie de gris soyeux, doux ou âpres, lisses ou granuleux. L’aquatinte, enfin, qui accentue par le jeu des acides, la force et la profondeur des noirs : noirs bleutés, noirs de velours ou noirs de fumée, noirs de toutes les interrogations et de toutes les suggestions que cette couleur suppose dans notre culture et que cette couleur évoque : noir de corbeau, noir d’ébène, noir de Chine, noir-lumière…. *Si parmi les techniques de la gravure en taille-douce, l’eau-forte est une technique graphique, de lignes et de traits, l’aquatinte permet de travailler des surfaces, à la manière d’un peintre, comme un lavis d’encre afin d’obtenir des valeurs de gris, de noir ou de couleur suivant l’encre choisie pour l’impression.
R E G A R D E R … V O I R …
Ré-interroger sans cesse cette fascination exercée par le geste faisant signe, par sa puissance d’évocation, un geste qui devient trace, empreinte, allant jusqu’à l’extrême concision.
Il n’y a rien ici à reconnaître, simplement voir. Ce qui, à l’origine, par « l’Unique Trait de pinceau » avait un sens donné par la calligraphie ou inspiré par la contemplation de la nature, s’est peu à peu, chez Christiane Vielle, transmué en un geste valable pour ce qu’il est, sans autre but ni détermination. Le geste seul inscrit le sens et ce qui est perçu est une sorte de fascinante révélation sans reconnaissance d’identité. La fonction du signe est simplement d’être là, comme une interrogation affirmative de l’existence. Encore faut-il ne jamais attribuer aux signes autre chose que leur simple présence. Le signe et la trace sont exactement ce qu’ils sont, hors du sens commun de la fonctionnalité. Le monde est ainsi, toujours à déchiffrer, à comprendre, toujours renouvelé.
Comme le passage furtif d’un oiseau sur l’ombre portée d’un nuage, il s’agit de capter le signe du vol et non l’oiseau. En ce sens, l’oiseau et les nuages ont disparu, restent la main de l’artiste et son pinceau sur la feuille blanche.
Robert Kerrec
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